Le sainfoin est aujourd’hui reconnu pour ses nombreux intérêts nutritionnels chez le cheval… Richesse en fibres, excellente appétence, protéines de qualité et présence naturelle de polyphénols. Pourtant, sa richesse naturelle en calcium suscite parfois des interrogations.
Le sainfoin peut-il déséquilibrer le rapport phosphocalcique de la ration ? Risque-t-il de perturber l’absorption de certains minéraux ou oligo-éléments ?
Ces questions reviennent régulièrement sur le terrain et méritent d’être replacées dans leur contexte scientifique.
Pourquoi parle-t-on autant du rapport phosphocalcique ?
Le calcium et le phosphore sont deux minéraux essentiels à l’organisme. Ils participent notamment à la construction et au maintien du squelette, mais également à de nombreuses fonctions métaboliques. Les nutritionnistes s’intéressent donc depuis longtemps à leur équilibre dans la ration, que l’on exprime sous la forme du rapport calcium/phosphore (Ca/P).
Les recommandations nutritionnelles visent généralement un rapport compris entre 1,5 et 2 selon le stade physiologique du cheval.
Pour autant, il ne faut pas interpréter ces chiffres comme des limites strictes. Plusieurs travaux scientifiques montrent que des rapports plus élevés peuvent être parfaitement tolérés par le cheval. Chez les chevaux d’élevage notamment, des rapports pouvant atteindre 6:1 ont été décrits sans conséquence particulière. Dès lors que les besoins en phosphore restent couverts.
Le point le plus important à retenir est finalement assez simple : le rapport calcium/phosphore ne doit jamais être inférieur à 1. Autrement dit, la ration doit toujours apporter au moins autant de calcium que de phosphore.
Le véritable risque : trop de phosphore, pas trop de calcium
Lorsque l’on parle du rapport phosphocalcique, les inquiétudes se concentrent souvent sur les excès de calcium.
Pourtant, les problèmes les mieux documentés dans la littérature concernent surtout la situation inverse : un excès relatif de phosphore par rapport au calcium.
Historiquement, ce type de déséquilibre était observé dans certaines rations riches en céréales ou en son de blé et pouvait conduire à des troubles de la minéralisation osseuse parfois appelés « maladie de la grosse tête ».
À l’inverse, les chevaux tolèrent généralement bien des apports relativement élevés en calcium lorsque les besoins en phosphore sont couverts et que la ration reste globalement équilibrée.
Le sainfoin peut-il déséquilibrer une ration ?
C’est probablement la question la plus fréquente.
Le sainfoin présente effectivement une teneur élevée en calcium. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il déséquilibre automatiquement la ration.
En nutrition équine, ce n’est jamais le rapport phosphocalcique d’un aliment pris isolément qui compte, mais celui de la ration dans son ensemble.
Dans la pratique, le sainfoin est généralement distribué en complément d’un fourrage, d’un aliment complémentaire ou d’un complément minéral vitaminé. Son impact sur le rapport phosphocalcique global est donc souvent beaucoup plus limité qu’on ne l’imagine.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les nutritionnistes raisonnent toujours la ration complète plutôt qu’un ingrédient isolé.
Le calcium du sainfoin bloque-t-il les oligo-éléments ?
Certaines publications ont effectivement décrit des interactions entre le calcium et d’autres minéraux comme le magnésium, le cuivre ou le zinc.
Ces interactions existent, mais les effets observés concernent principalement des situations d’excès importants et prolongés.
Dans les conditions habituelles d’utilisation du sainfoin, les risques de perturbations significatives apparaissent faibles. Les quantités distribuées sont généralement très éloignées des niveaux d’apport ayant permis de mettre en évidence ces effets dans les études expérimentales.
Finalement, faut-il s’inquiéter du calcium du sainfoin ?
La réponse est clairement non.
Le sainfoin est naturellement riche en calcium, comme de nombreuses légumineuses présentes dans les prairies que les chevaux consomment depuis toujours. Le sainfoin est finalement davantage dans la continuité de ce que la nature propose que dans une exception nutritionnelle.
Et puis, si la richesse en calcium de la luzerne est aujourd’hui souvent considérée comme un atout pour le confort gastrique du cheval… pourquoi le sainfoin ne bénéficierait-il pas du même regard ?












